Il suffit parfois de voir apparaître son propre visage sur l’écran pour oublier instantanément quoi faire de sa bouche, de ses yeux, de son menton et, détail auquel personne ne pense avant, de son bras. Vous étiez parfaitement à l’aise trois secondes plus tôt. Puis la caméra frontale s’allume et vous voilà avec une expression indéfinissable, quelque part entre la photo d’identité et le sourire forcé devant un gâteau d’anniversaire.
Ne pas aimer poser n’a rien d’exceptionnel. La plupart des gestes que vous trouvez spontanés chez les autres sont d’ailleurs moins spontanés qu’ils en ont l’air. Ils ont simplement été répétés, ajustés, abandonnés puis repris jusqu’à devenir familiers.
Bonne nouvelle : un selfie réussi ne réclame pas un répertoire de mannequin. Quelques habitudes très concrètes suffisent pour que votre visage retrouve une expression qui vous ressemble.
Commencez avant même d’allumer l’appareil photo
Une erreur fréquente consiste à chercher votre pose une fois le téléphone placé devant vous. À cet instant, vous vous regardez déjà. Et dès que vous vous regardez, vous commencez à corriger votre visage.
Vous soulevez un sourcil. Vous pincez légèrement les lèvres. Vous redressez le cou. Vous essayez un sourire, puis un deuxième, puis un troisième qui finit par ressembler à celui d’une publicité pour dentifrice.
Essayez l’inverse. Décidez d’abord ce que vous étiez en train de faire. Vous marchiez ? Continuez à marcher lentement. Vous buviez un café ? Gardez la tasse dans votre main. Vous regardiez la rue depuis une fenêtre ? Tournez légèrement la tête vers ce qui attirait votre attention.
Le geste donne une raison à votre corps d’occuper l’espace. Vos épaules se placent alors plus facilement, vos mains trouvent une fonction et votre regard cesse de chercher désespérément une direction.
C’est probablement l’astuce la plus simple pour faire un selfie avec une posture naturelle : donnez-vous quelque chose à faire pendant la prise de vue, même un geste minuscule.
Je pense notamment à ce réflexe étrange que beaucoup de personnes adoptent en levant leur téléphone : elles immobilisent soudain tout leur corps. Or vous ne passez jamais vos journées avec les épaules parfaitement symétriques et la tête alignée au millimètre. Pourquoi le faire devant une caméra ?
Le visage totalement de face pardonne peu
Placez votre téléphone devant votre nez, regardez droit dans l’objectif et observez le résultat. Vous obtenez souvent une image très plate.
Décalez maintenant votre visage de quelques degrés. Rien de spectaculaire. Une légère rotation suffit. Le nez dessine davantage le profil, la mâchoire prend du relief et les deux côtés du visage cessent d’apparaître parfaitement identiques.
Cette petite asymétrie donne généralement une photographie plus agréable.
Vous pouvez également avancer très légèrement le front vers l’appareil. Le geste semble franchement étrange lorsqu’on le fait consciemment, mais il affine souvent la ligne sous le menton sur la photo.
Attention toutefois au fameux menton projeté à vingt centimètres. On le repère immédiatement.
Un mouvement de quelques millimètres suffit.
Oubliez votre sourire pendant quelques secondes
Le sourire forcé possède un signe facile à reconnaître : seule la bouche travaille.
Les yeux, eux, semblent attendre que la photo soit terminée.
Pour obtenir une expression plus crédible, évitez de maintenir un sourire pendant dix secondes. Faites plutôt plusieurs prises pendant lesquelles votre expression évolue.
Regardez ailleurs. Revenez vers l’écran. Soufflez. Souriez légèrement. Relâchez la bouche.
Vous remarquerez probablement qu’une image prise entre deux expressions paraît plus naturelle que celle où vous aviez décidé : « Voilà, maintenant je souris. »
Une autre méthode fonctionne étonnamment bien. Pensez à quelqu’un, à une scène amusante ou à une phrase qui vous fait vraiment sourire. Votre visage réagit alors sans que vous ayez besoin de le piloter muscle par muscle.
Le résultat n’est pas toujours un grand sourire. Tant mieux. Un coin de bouche relevé ou un regard amusé raconte parfois davantage.
Votre bras mérite un peu plus d’attention
Le bras tendu à bout de course produit plusieurs effets peu flatteurs : épaule relevée, cou comprimé, cadrage très proche et parfois cette main gigantesque qui semble appartenir à quelqu’un d’autre.
Pliez légèrement le coude.
Vous gagnerez en souplesse et pourrez déplacer le téléphone sans embarquer tout votre torse avec lui.
Si votre appareil dispose d’un objectif grand-angle frontal, méfiez-vous également des très courtes distances. Plus le téléphone approche du visage, plus les éléments proches de l’objectif paraissent volumineux. Le nez peut alors sembler plus large tandis que les oreilles paraissent reculer.
Éloignez légèrement l’appareil et recadrez ensuite si nécessaire.
Cette simple distance produit fréquemment un portrait plus équilibré.
La lumière fait une partie du travail à votre place
Vous pouvez avoir trouvé un angle parfait et obtenir malgré tout une photo étrange sous un plafonnier placé exactement au-dessus de votre tête.
La lumière verticale creuse les orbites et dessine des ombres sous le nez. Un visage parfaitement détendu peut soudain sembler fatigué.
Cherchez plutôt une lumière venant de face ou légèrement de côté.
Une fenêtre constitue souvent le meilleur test. Placez-vous à environ un mètre, tournez doucement votre visage et regardez comment les ombres évoluent.
Vous n’avez pas besoin d’un studio.
Un ciel couvert, d’ailleurs, donne parfois une lumière très douce. Les nuages diffusent les rayons du soleil et réduisent les contrastes durs. Les photographes apprécient ce type de météo précisément pour cette raison.
À l’extérieur, évitez simplement le soleil de midi directement au-dessus du crâne. Vous finirez soit les yeux plissés, soit le front surexposé.
Un selfie devient plus facile quand vous arrêtez de chercher « votre pose »
Voilà un piège assez amusant : découvrir une photo que vous aimez puis tenter de la reproduire systématiquement.
Même côté du visage. Même inclinaison. Même bouche. Même position des cheveux.
À la dixième image, la méthode commence à sentir la mécanique.
Cherchez plutôt deux ou trois gestes dans lesquels vous vous sentez bien. Par exemple, regarder légèrement hors champ, tenir le téléphone un peu au-dessus des yeux ou photographier votre visage en trois quarts.
Vous disposez alors d’une petite boîte à outils au lieu d’une pose obligatoire.
Certaines personnes préfèrent même introduire volontairement une contrainte ludique. Un selfie challenge, une photo prise dans un lieu inattendu ou une série de portraits réalisés pendant une promenade détourne l’attention de la question « Est-ce que je suis photogénique ? ». Le cerveau s’intéresse davantage à la situation qu’à chaque millimètre du visage.
Et franchement, cela se voit sur les images.
Essayez la rafale plutôt que la photo unique
Appuyer sur le déclencheur en sachant qu’une seule image sera prise crée parfois une tension ridicule.
Vous attendez LE bon moment.
Votre expression se verrouille.
Utilisez plutôt le mode rafale, une courte vidéo ou plusieurs déclenchements successifs.
Bougez légèrement la tête pendant la prise. Regardez l’objectif, puis ailleurs. Modifiez l’orientation de vos épaules. Passez une main dans vos cheveux si le geste vous vient naturellement.
Vous aurez peut-être trente images presque identiques.
Mais parmi elles, une ou deux montreront souvent cette fraction de seconde où vous aviez oublié l’appareil.
C’est généralement celle-là que vous garderez.
Regardez l’objectif… mais pas obligatoirement
On conseille fréquemment de fixer la petite lentille plutôt que son propre visage sur l’écran.
Le conseil fonctionne si vous voulez donner l’impression que vous regardez directement la personne qui verra la photo.
Il ne faut pourtant pas en faire une règle absolue.
Un regard orienté vers la droite, vers le sol ou vers quelque chose situé derrière le téléphone peut donner une image beaucoup moins posée.
Vous pouvez même commencer par regarder ailleurs puis revenir vers l’objectif pendant la prise.
Le mouvement produit parfois un regard plus doux, car vos yeux n’ont pas passé quinze secondes à fixer un point minuscule au sommet du téléphone.
Trouvez votre angle sans transformer cela en étude scientifique
Vous avez probablement un côté de visage que vous préférez.
Presque tout le monde en a un.
Pour le découvrir, faites un exercice très rapide : prenez trois photos à gauche, trois de face et trois à droite. Même lumière, même distance.
Comparez-les ensuite sans chercher immédiatement celle où vous vous trouvez « beau » ou « belle ». Regardez plutôt la forme du visage, la ligne du nez et la manière dont les cheveux entourent les traits.
Vous verrez souvent apparaître une préférence.
Gardez-la en tête, puis oubliez-la de temps à autre. Certaines photos intéressantes naissent justement d’un angle que vous n’auriez jamais choisi spontanément.
Votre environnement peut sauver une photo
Un selfie cadré très serré place toute l’attention sur votre visage. Forcément, si vous n’aimez pas poser, cette concentration peut devenir inconfortable.
Élargissez le cadre.
Montrez un bout de café, une plage, une bibliothèque, un quai de gare, un morceau de rue ou simplement la lumière entrant dans votre chambre.
Votre visage devient alors un élément de l’image parmi d’autres.
Cela donne aussi une histoire à la photo.
Imaginez deux selfies pris pendant un voyage. Sur le premier, votre visage occupe 90 % du cadre. Sur le second, on aperçoit derrière vous une ruelle étroite, quelques volets colorés et une enseigne un peu de travers. Dans quelques années, laquelle vous rappellera le mieux l’endroit ?
Probablement la seconde.
Les mains : ce problème auquel personne ne pense avant la photo
Vous savez quoi faire de votre visage. Puis vous découvrez votre main libre.
Et là, catastrophe.
Elle flotte quelque part près de votre hanche sans raison apparente.
Donnez-lui une fonction. Quelques possibilités très simples :
- tenir une tasse, des lunettes, un sac ou une veste ;
- toucher légèrement vos cheveux ;
- placer la main dans une poche ;
- tenir le bord d’une table ;
- ajuster une manche ;
- poser les doigts près du visage sans les plaquer contre la joue.
Le dernier point mérite une précision. Quand vous appuyez fortement votre main sur votre visage, vous modifiez la forme de la joue et créez parfois une expression involontairement crispée.
Un contact léger suffit.
Ne jugez jamais un selfie au moment où vous le prenez
Votre cerveau possède une habitude assez peu charitable : il cherche immédiatement les différences entre votre visage réel, votre reflet habituel dans le miroir et votre image photographiée.
La caméra frontale peut également inverser l’aperçu ou la photo enregistrée selon les réglages. Vous découvrez alors votre visage dans un sens moins familier.
Cette étrangeté suffit parfois pour rejeter une bonne photo.
Posez le téléphone pendant quelques minutes.
Revenez ensuite sur vos images.
Vous aurez probablement une perception moins sévère.
Un détail qui vous gênait lors de la prise devient soudain secondaire. Vous remarquez davantage l’expression générale, la lumière ou le souvenir associé au moment.
Instagram pousse facilement à en faire trop
Filtres, netteté, contraste, correction du visage, retouche de la peau… Une photo peut perdre rapidement tout relief lorsqu’on accumule les modifications.
Si votre objectif consiste à faire un selfie Instagram, commencez par travailler le cadrage avant de toucher aux réglages. Recadrez légèrement, redressez l’horizon si le décor apparaît et ajustez éventuellement la luminosité.
Puis arrêtez-vous un instant.
Regardez la photo.
Avez-vous réellement besoin d’autre chose ?
Une peau totalement lisse donne rapidement un aspect artificiel. Les petites ombres autour des yeux, les mèches rebelles et les variations de couleur du visage participent aussi à l’impression de réalité.
J’ai toujours trouvé étrange qu’on puisse passer vingt minutes à fabriquer une photographie censée montrer une seconde spontanée.
Les petites imperfections produisent souvent les meilleures images
Une mèche traverse votre front.
Votre sourire n’est pas parfaitement symétrique.
Vous regardez légèrement trop bas.
Le cadrage coupe un morceau de votre épaule.
Sur le moment, ces détails peuvent sembler ratés. Pourtant, ils donnent parfois à la photographie ce petit accident visuel qui évite l’impression de pose répétée.
Regardez les vieilles photos de famille. Certaines sont floues. Les vêtements sont froissés. Quelqu’un cligne des yeux. Une chaise apparaît à moitié dans un coin.
Et malgré cela, vous les regardez probablement avec davantage de plaisir que beaucoup d’images impeccablement calibrées.
La perfection photographique vieillit parfois moins bien que la sincérité du moment.
Faites moins de selfies, mais prenez-les au bon moment
Une autre habitude aide énormément lorsque vous détestez poser : choisissez des moments où vous avez réellement envie de garder une trace.
Après une randonnée.
Dans une ville que vous découvrez.
Avec un nouveau chapeau qui vous amuse.
À la sortie d’un restaurant.
Un matin où la lumière tombe joliment dans votre salon.
Vous aurez alors une raison de prendre la photo autre que « il faut que je fasse un selfie ».
Cette intention influence votre expression. Vous regardez moins votre visage comme un objet à contrôler et davantage comme une partie du souvenir.
Et l’image respire autrement.
FAQ
Où regarder quand on prend un selfie ?
Regardez directement l’objectif si vous souhaitez créer un contact visuel avec la personne qui verra la photo. Pour une image moins posée, vous pouvez regarder légèrement sur le côté ou vers un élément du décor. Faites plusieurs essais : quelques degrés de différence suffisent parfois.
Faut-il tenir le téléphone au-dessus du visage ?
Une légère hauteur fonctionne souvent bien car elle ouvre le regard et donne davantage de place au décor derrière vous. Évitez toutefois de placer le téléphone très haut. L’angle plongeant devient alors évident et déforme les proportions du corps.
Comment sourire naturellement sur un selfie ?
Évitez de maintenir votre sourire plusieurs secondes. Pensez à quelque chose qui vous amuse, déclenchez plusieurs photos et laissez votre expression évoluer. Les images prises juste avant ou juste après le sourire maximal paraissent fréquemment plus spontanées.
Pourquoi mon visage paraît-il différent en selfie ?
La distance très courte, le type d’objectif et l’inversion éventuelle de l’image jouent tous un rôle. Vous connaissez aussi davantage votre reflet dans un miroir que votre visage tel qu’il apparaît aux autres, ce qui peut expliquer une impression d’étrangeté.
Quelle lumière choisir pour un selfie ?
Une lumière douce venant de face ou légèrement de côté donne généralement un joli relief au visage. Une fenêtre fonctionne très bien. À l’extérieur, une zone lumineuse à l’ombre produit souvent un rendu plus doux qu’un soleil direct.
Comment éviter le double menton sur un selfie ?
Gardez le cou légèrement allongé et avancez très subtilement le front vers l’appareil. Évitez surtout de rentrer le menton contre le cou. La position du téléphone compte aussi : un appareil placé légèrement au-dessus du niveau des yeux facilite souvent le cadrage.
Combien de selfies faut-il prendre pour en obtenir un bon ?
Il n’existe aucun chiffre magique. Dix, vingt ou trente prises n’ont rien d’excessif si vous bougez légèrement entre chacune. Les photographes professionnels prennent eux aussi plusieurs images pour obtenir une expression précise. Supprimez ensuite celles qui ne vous plaisent pas et gardez simplement la meilleure.
Comment avoir l’air naturel quand on déteste vraiment la caméra ?
Occupez-vous. Marchez, regardez le paysage, tenez un objet ou prenez la photo pendant une activité. Votre attention se déplace alors vers quelque chose de concret. Le visage se détend plus facilement et le résultat ressemble davantage à un instant capturé qu’à une séance de pose.